Perdre le Nord partie 1 : Premiers pas nordiques

Après 11 jours, voici enfin mon premier article d’une série qui découlera sur 10 mois sur mon périple dans le Nord. Difficile de résumer tout ça et les émotions qui viennent avec cette relocalisation, surtout pour un premier texte. Voici donc mes premières impressions.

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Passage du Nord-Ouest longeant Hall Beach

L’idée d’aller enseigner dans l’Arctique m’est venue d’un ami qui travaille depuis 2 ans au Nunavik dans le nord du Québec. Gabrielle et moi avons donc appliqué pour aller au Nunavut (eh oui, pas une faute de frappe, j’avais compris Nunavut et non Nunavik). Me voici donc enseignant à l’école inuit/anglophone Arnaqjuaq, en maths et en science au Junior High, soit 6e-7e-8e année. Disons que c’est un grand pas hors de ma zone de confort, l’éducation physique. Malheureusement, Gabrielle ne me suis pas dans cette aventure (pour le moment du moins), puisque le Gouvernement du Nunavut engage seulement les résidents de plus de 12 mois 😦 (elle était surqualifiée de toute façon).

Après deux entrevues en deux jours, une offre quelques jours plus tard, deux semaines et demi de paperasse scolaire et gouvernementale, de préparatifs et surtout de stress, voilà que je pars d’Ottawa, vol beaucoup plus direct, vers Iqaluit. Trois heures plus tard, j’atterris dans la capitale du Nunavut, où il fait 20 C de moins qu’au sud. Mon deuxième vol décollant dans moins de 2 h, je n’ai pas le temps de faire le tour de la ville, mais j’aurai l’occasion en février lors de ma semaine de développement pédagogique (à suivre). Après une courte attente, je saute dans l’avion (à hélices!!!) qui m’amènera à ma destination finale : Hall Beach, village côtier situé au-delà du cercle polaire.

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Magnifique coucher de soleil arctique

Le Nunavut, c’est assez particulier. Hall Beach ne fait pas exception. On y voit à des kilomètres et kilomètres aux alentours tellement c’est plat. La seule végétation, c’est de la mousse poussant autour des étendues d’eau. Très différent des Cantons de l’Est disons-le franchement. Et de la roche. Partout. Sans oublier la poussière soulevée par des quatre-roues (moyen de transport par excellence ici en été). Puisqu’Hall Beach est sur le bord de la mer, on peut compter sur des vents qui font sentir un 5 C en – 10 C. On ne peut pas dire par contre que la vue sur l’immensité du Passage du Nord-Ouest n’est pas magnifique. À mon arrivée, le soleil se couchait à 2 h du matin. On entendait même encore les enfants jouer dehors à cette heure. Depuis quelques jours, le soleil se couche à une heure plus raisonnable pour les vieilles personnes comme moi. On peut donc admirer le ciel arctique et les couleurs incroyables qui viennent avec.

Lors de mon deuxième jour à Hall Beach, j’ai décidé d’aller observer les environs. Mon voisin Danny (grand fan de Game of Thrones, ça n’a pas été trop long de s’entendre) m’a accompagné vers la ligne de radar communément appelé DEW Line. Installée pour protéger les américains des missiles russes lors de la Guerre froide, la ligne se trouvait à environ 15 minutes de marche. Du moins c’est ce que l’on croyait. Difficile de calculer les distances quand c’est plat des kilomètres à la ronde. C’est donc après presque une heure de marche, accompagnés d’un husky fort sympathique que l’on s’est rendu à la DEW Line, qui est malheureusement hors d’accès à environ 500 mètres puisqu’il s’agit d’une propriété du gouvernement américain. Zut, première déception. Ça nous a permit quand même de voir les alentours. C’est assez fou la quantité de déchets, de carcasses de véhicules, bicyclettes et motoneiges et les maisons abandonnées un peu partout. Logique en même temps, car où mettre un vieux camion de pompier quand on a pas de scrapyard? Drôle d’endroit le Nunavut…de retour au bercail ensuite par le même chemin, toujours accompagné du husky qui se promène à nos côtés, cadavre d’oie trouvé près l’eau dans la gueule. Oui, définitivement un drôle d’endroit.

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En route vers la DEW Line avec mon compagnon

Les Inuit font également partie de cet élément particulier du Nunavut. Accueillants envers les étrangers, les Welcome to Hall Beach et enfants demandant What’s your name? sont nombreux. On a par contre cette impression qu’ils n’ont pas vraiment besoin de nous. Ils ont vécu des milliers d’années à leur façon, qu’est-ce que les Blancs leur ont apporté de plus? L’éducation, certes. Mais également la malbouffe (les boissons gazeuses font fureur malgré leur prix exorbitant), les ITS (le sida est un problème grandissant à Iqaluit) et les problèmes mentaux qui définissent l’Occident depuis quelques décennies. J’ai d’ailleurs assisté malgré moi à l’arrestation d’un Inuit en état d’ébriété qui se promenait armé à quelques pas de mon logement pendant une nuit à environ 4 h du matin.

Ayant travaillé avec des groupes d’immigrants depuis mon entrée dans le système scolaire, le choc culturel n’est pas ce que je trouve le plus ardu dans ma communauté Inuit temporaire. Les côtés pratiques et émotionnels sont les plus difficiles dans une aventure comme celle-ci. Internet coûte une fortune (500 $ l’installation?! Pour 20 G de données par mois?!) et est pratiquement inutilisable dans mon milieu de travail pour toute autre demande que trouver du matériel éducatif, les réseaux sociaux étant bloqués par le Gouvernement du Nunavut. Pas de téléphonie non plus. Reste le bon vieux Messenger et Gmail et voilà, les contacts avec le monde extérieur. Ça ne fait même pas deux semaines et le contact avec Gabrielle, ma famille et mes amis me manquent déjà. Je suis chanceux de compter sur une équipe-école solide avec des gens avec qui je m’entends déjà bien, mais j’aimerais pouvoir parler ma langue maternelle parfois! L’article Survivre à une relation à distance de Gabrielle résume assez bien la situation, je conseille fortement d’aller le lire.

À suivre partie 2 : Survivre à une épicerie dans le Nord canadien…


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