Perdre le Nord partie 2 : L’épicerie dans le Nord canadien, aussi hors de prix que ce qu’on dit?

Lire des blogs sur sa prochaine destination est une source vitale d’informations, mais parfois aussi décourageante! Ce fût mon cas pour le Nunavut, où les épiceries et marchés sont « réputés » pour leurs prix exorbitants. C’est bien beau gagner un gros salaire, mais à quoi sert-il si l’on dépense tout en nourriture? Voici donc comment mon compte en banque survit après un mois dans le Nord.

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Adieu les fruits frais…

L’avantage d’aller travailler au Nunavut pour le gouvernement, c’est qu’ils te payent non seulement ton billet d’avion, mais aussi tout le bagage de surplus ainsi que le transport par cargo. Pour ce qui est de la nourriture par contre, les déménageurs ne l’amèneront pas en bateau, ce qui limite les options. Selon les règlements de l’aéroport, j’avais donc droit à trois bagages de surplus n’excédant pas 50 lbs, en plus de mes deux valises de 70 lbs auxquelles me donnait droit mon billet d’avion. 290 lbs de stock, en gros. Ça peut paraître énorme, mais quand tu vas vivre 10 mois ailleurs, ça t’en prend pas mal, du stock. Après avoir consulté le merveilleux site web du gouvernement du Nunavut, qui détaille le prix d’une trentaine d’aliments dans toutes ses communautés comparativement au reste du Canada, j’ai amené les aliments que je croyais nécessaires et de base. Environ 130 $ plus tard, hop! mes valises étaient déjà pleines à craquer! On retrouvait dans celles-ci :

– 4 pots de beurre de peanuts et 2 de mayonnaise

– De la sauce soya

– Une vinaigrette

– Un gros sac de fèves noires et un de riz blanc

– Une trentaine de barres tendre

– 2.5 kg de farine, 2 kg de sucre et de l’avoine

– Du gruau en sachet

– De la soupe en sachet (on aime ça les trucs déshydratés!)

– Du café (déjà moulu) et du thé

– Une grosse barre de chocolat noir

– Ketchup-moutarde

– 6 cannes de thon

– 1 canne de tomates en dés

– 2 paquets de spaghetti

– Deux sacs de noix-amandes-trail mix

– Huile d’olive, de cuisson et vinaigre de cidre

– Des craquelins qui ont miraculeusement survécus

Est-ce que tout ça c’est suffisant? Disons que j’aurais définitivement aimé apporter plus. Je peux au moins compter sur un retour au Québec dans le temps des Fêtes pour refaire le plein! Ce 130$ de produits de base équivaut à au moins trois fois plus au Nunavut. Ce sont presque tous des aliments que je recommanderais fortement d’apporter pour les premiers temps.

À mon arrivée, plus de peurs que de mal. Il y a quand même moyen de s’en sortir ici! Après avoir lu sur le sujet, je me suis donné un budget de 100$ d’épicerie par semaine, ce qui est facilement deux fois plus qu’au Québec, mais je sentais que c’était raisonnable. Mais avec mes achats préventifs, mon budget se situe désormais autour de 60 $/semaine. Ça, c’est après les deux premières semaines un peu plus coûteuses, mais qui n’ont pas dépassé le cap des 100$. 250 à 300$ par mois? C’est possible! Quand on fait attention, bien sûr. Et quand tu partages ta vie avec une pro de l’épicerie, ça devient une seconde nature de chasser les meilleurs deals.

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Je vais passer mon tour je crois..

MAIS, pour respecter mes contraintes budgétaires, au revoir ananas et autres fruits ou légumes frais. Goodbye sauces et épices. Adios poitrine de poulet et steaks. Sayonara tofu, tempeh, betteraves, huile de coco, lait d’amande et autres produits végétariens par excellence. Je dis plutôt bonjour à une pinte de lait qui expire dans 3 jours. À des produits en spécial, car la date de péremption est en 2015. Hello aliments congelés et sans saveurs. Et ça, c’est quand il y a des produits sur les étagères, ce qui risque d’être pire cet hiver lors des blizzards.

Le lait (3 $), les œufs (3 $) et le pain (4.75$ pour deux) sont des aliments quotidiens qui sont peu coûteux et utiles dans une multitude de situations (quitte à ne pas être végétalien). Il faut mentionner également que sans les subventions gouvernementales, ces aliments coûteraient chacun autour de 15$ (!!). Côté légumes et fruits frais, il faut oublier le terme «frais» la plupart du temps. Les marchés au Nunavut ont la mauvaise manie de tenter de nous refiler des produits périmés. C’est effectivement souvent le cas, surtout quand on recherche un peu de verdure. Carottes (2$ pour 2 lbs), oignons (1$ chacun) et champignons (3$ le casseau) sont des prix très raisonnables. Les bananes sont dispendieuses (environ 1$ par banane), mais on sait identifier facilement si elle est passée date. Pour le reste, je conseille d’opter pour du congelé, où les sacs de légumes (3-5$) et de petits fruits (7$) sont assez abordables et durent longtemps. Les céréales sont chères, mais avec un peu de chance on peut tomber sur une énorme boîte en rabais.

Pour les viandes, j’ai trouvé cela plus difficile. Un gros paquet de tranches de jambons (8-10$), ça peut aller. Même chose pour une boîte de crevettes (13$). Pour le reste, je suis tombé par hasard au Northern sur une boîte contenant 2 paquets de saucisses à hot-dog, 6 côtelettes de porc, 8 hamburgers et 8 saucisses italiennes pour 28$. Individuellement, ces aliments coûtent environ 8 à 12$ chacun. Moi qui mange peu de viande, ça me servira encore plusieurs semaines. Une boîte de craquelins en spécial (3.50$ au lieu de 7$), un pot de yogourt (6$), un de margarine (3$), une canne de sauce tomate (2$) et des pitas (5$ pour 10) et le tour est joué! J’ai aussi joué de chance parfois, comme ce sac d’avocats qui a mal scanné et qui m’est revenu à 2.75$ pour 6 (10$ la semaine suivante) ou ces trois cœurs de romaines à 1.99$ (7.99$ quelques jours plus tard). L’un de mes trucs est d’acheter une base chaque semaine, soit lait, œufs, yogourt, craquelins et en avoir une aux deux semaines pour le pain, céréales, légumes congelés, pitas, viandes froides afin de couper les dépenses en deux. Aussi, planifier ses repas de la semaine avant d’aller à l’épicerie aide énormément!

Dans la plupart des communautés au Nunavut, on retrouve le Northern Store et une CO-OP. Hall Beach n’y fait pas exception. Ces deux entreprises agissent à titre de magasin général style Wal-Mart, où on retrouve non seulement nourriture, mais aussi produits nettoyants, soins personnels, vêtements, jeux vidéos, jouets, télévisions, trucs de chasse et j’en passe. Laquelle est la plus avantageuse? D’abord, les deux affichent des prix excessivement élevés sur à peu près tout en boutique. Comme je m’étais bien équipé avant mon départ côté vêtements et salle de bain, je me retrouve davantage à regarder la nourriture. Pour moi, le Northern a de meilleurs prix et des aliments plus frais en général. Cela ne veut pas dire que je ne vais pas à la CO-OP de temps en temps. Je conseille d’aller faire un tour dans les deux dès la première semaine, afin de comparer les prix et voir où il est plus avantageux d’acheter ce qui figure sur votre liste.

Avec tout ça, est-ce possible de manger santé dans le Nord canadien? Étonnement, je dirais que oui, pour la simple raison que le fait que tant d’aliments de base soient abordables, c’est parce qu’ils sont subventionnés par le gouvernement. Qu’ont en commun ces aliments? Ils sont nécessaires à une alimentation « de base ». Je pense ici au pain, aux œufs, au lait et à plusieurs fruits et légumes. Cela revient moins cher manger santé que de manger tout les produits surgelés ou transformés. Moins cher, mais tout de même plus dispendieux que n’importe où au Canada, on s’entend. Les « junk food » sont tout simplement hors de prix et pourtant c’est ce que beaucoup de locaux achètent. Une caisse de 24 cannettes de tonic à 72$, des chips à 10$ le sac, des croquettes de poulet à 25$ la boîte, on en ressort abasourdi à force de voir les prix incroyables de choses qui sont pour nous accessibles. D’ailleurs, une chance que le gouvernement a instauré cette politique de subvention, qui force un peu les gens à adopter de meilleures habitudes de vie. C’est la moindre des choses d’avoir un panier d’épicerie abordable, mais c’est encore mieux s’il s’agit d’aliments sains. Par contre, on voit encore des sacs de 2 kg de farine à 20$… ça, c’est quand elle est expirée de plus de deux ans! Pas fort quand on veut que les gens cuisinent par eux-mêmes, disons…

Heureusement, beaucoup de gens ici prennent d’autres alternatives pour subvenir à leurs besoins. Quelques-uns de mes collègues m’ont introduit à London Drugs, d’où il est possible de commander en ligne et avoir une livraison qui ne coûte pas les yeux de la tête contrairement à ce que l’on voit d’habitude quand on veut livrer par-delà le cercle polaire. Pour 90$ de shipping, on peut commander et recevoir 60 items différents (20 exemplaires max chaque). Si on fait les maths, il est donc possible d’avoir une tonne de choses différentes à très bas prix pour la livraison, surtout si on commande à 2-3-4 personnes. Et il paraît que les morceaux de viandes que l’ont peut recevoir sont particulièrement savoureux.

Voilà! J’espère que mon conseils sauveront quelques dollars à certains! Survivre à une épicerie nordique, c’est faisable et plus facile quand on à un planning hebdomadaire et que l’on fait attention à ce qu’on achète!

PS : Pour ce qui est de la pharmacie, c’est nécessaire si on veut être économe d’apporter aussi dans ses valises les choses suivantes et en quantité suffisantes pour plusieurs mois :

– Brosse à dent (plusieurs)

– Dentifrice

– Savon, shampooing et revitalisant

– Advil ou Tylénol

– Rasoirs

– Crème hydratante et Lypsyl (baume à lèvres)

– Essuie-tout et papier hygiénique (c’est gros, mais ça vaut la peine!)

À venir dans mon prochain article : Comment s’occuper dans une petite communauté au Nunavut.


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